Risques psychosociaux : débattre enfin du travail …

 

 

 Conditions de travail et RPS :

débattre enfin du travail …

 

 

 

 

ll peut paraître étonnant qu’en 2016, nous soyons encore obligés de rappeler à un employeur comme Pôle emploi ses obligations légales en matière de santé et de sécurité au travail. Le Code du Travail est très clair sur ce point : l'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Ces mesures comprennent des actions de prévention des risques professionnels et de la pénibilité au travail ; des actions d'information et de formation ; la mise en place d'une organisation et de moyens adaptés ...  (Art. L4121-1 et 2).

 

On ne résoudra pas le problème du mal-être au travail, des dépressions professionnelles ou des suicides à coups de Numéros Verts, de formation à la gestion du stress et encore moins d'autopsies psychiques. Au mieux, ces actions n'ont pas d'effet sur la cause majeure des problèmes, au pire, elles culpabilisent les salarié(e)s qui utilisent ces services, mais ne se sortent pas des impasses dans lesquelles l'organisation du travail les place.

Il est aussi irresponsable de confier à l'encadrement, voire aux collègues, la détection des salarié(e)s fragiles, dont la  vulnérabilité ne leur permettrait pas de supporter les conditions de travail, considérées, elles, comme immuables. On marginalise ainsi davantage des salarié(e)s qui perdent pied, alors qu'il s'agit au contraire de mettre fin à leur isolement. On place aussi les cadres de proximité dans une injonction paradoxale insupportable : d'un côté, des objectifs intenables qu'ils doivent imposer à leurs équipes et, de l'autre, le repérage des dégâts qu'ils ont contribué à générer. Non, si l'on veut prévenir les risques psychosociaux, c'est le travail qu'il faut soigner en priorité. C'est le travail qu'il faut adapter à l'homme et non l'inverse.

 

  • chasse aux effectifs,
  • pressions pour diminuer la masse salariale en poussant à la démission,
  • individualisation des rémunérations et de l'évaluation des performances,
  • intensification du travail avec multiplication des contraintes,
  • suppression des temps improductifs,
  • organisation du travail en just in time,
  • prescription de modes opératoires standardisés,

tous ces facteurs sont à l'œuvre dans la plupart des secteurs de l'économie et des fonctions publiques. Ils concourent à isoler les salarié(e)s et à les priver d'un nécessaire soutien collectif. Or c'est le cœur de la souffrance des salarié(e)s aujourd'hui. Etre en permanence débordé, avoir le sentiment de ne plus arriver à faire un travail de qualité et ne pas pouvoir en parler à ses collègues, eux-mêmes débordés et en concurrence sur les objectifs, confine le salarié dans sa solitude.

Cette situation appelle une série de mesures énergiques visant à restaurer dans les entreprises des capacités d'expression et de débat. Il s'agit de reconstruire des espaces d'échanges, entre salarié(e)s d'abord, puis entre les salarié(e)s et leur hiérarchie, sur les difficultés que pose le travail. La reprise de ce dialogue est un préalable indispensable pour repenser l'organisation et les finalités du travail.

L'enjeu, mais aussi la difficulté, est de surmonter l'isolement des salarié(e)s. Pour que le processus soit fructueux, il est nécessaire de prévoir des temps suffisants de confrontation des expériences entre salarié(e)s et d'élaboration de la pensée.

 

On ne maîtrisera pas les risques psychosociaux sans reconstruire des collectifs de travail.